vendredi 1 février 2013

Inner Terrestrials - IT! (1997)



Depuis la sortie de son premier album "IT!" en 1997, Inner Terrestrials est devenu un groupe incontournable de la scène anarcho-punk. Dès les premières notes les anglais annoncent la couleur: pochette noire et blanche dans la plus pure tradition du genre, textes fustigeants le racisme ("White Nightmare", "Outside"), la destruction de la planète ("Earth Must"), ceux qui nous exploitent ("Criminals"), les drogues ("Burning Bridges") ou prenant  la défense des squatters ("Squatters' Rights", "KTB') et de la résistance face à un système injuste ("Free The Land"), le tout dans un style unique né de la rencontre du punk et du reggae. Mais le reggae n'est pas ici un simple prétexte pour rendre les chansons plus légères et faire danser les gens... Non, le reggae est vu comme une musique révolutionnaire capable de porter les revendications du peuple. Ici tout est authentique: bien qu'elle soit en retrait la basse est énorme, le skank claque et la batterie accentue parfois les temps faibles. Mais leur musique se nourrit également d'influences dub ("Criminals") et folk, au sens traditionnel et / ou stylistique du terme ("Free The Land", "Earth Must"). Ces titres sont également remarquable par leurs structures plus complexes que les morceaux de punk habituels, "Free The Land" grâce à sa montée en puissance progressive, "Earth Must" grâce à ses deux parties distinctes, "Criminals" avec tous ces sons dub un peu étranges et "Squatters Rights" par ces changement de style parfaitement maîtrisés. Tout ceci contraste admirablement avec quelques titres rapides, directs et aux sonorités presques Hardcore ("Outside", "Burning Bridges" et "KTB"), dans lesquels Inner Terrestrials laisse éclater toute sa rage.  Enfin, la voix légèrement cassée de Jay tour à tour hargneuse ou mélodieuse, le jeu aux doigts, discret mais groovy de Fran à la basse, qui sonne un peu comme celui d'une contrebasse et le jeu de Paco (ex Conflict) à la batterie, et notamment le son de sa caisse claire, à la fois très fermé mais au timbre très présent, donnant une coloration militaire à son  style ("KTB"), contribuent à former le son singulier d'Inner Terrestrials.

Tracklist:

01-Squatters' Rights
02-Outside
03-Earth Must
04-Criminals
05-Free The Land
06-Burning Bridges
07-White Nightmare
08-KTB


mardi 1 janvier 2013

Néophyte - Faux Mouvement (2011)


Depuis l'inaugural "Entrée En Matière" en 2000 Néophyte n'a eu de cesse d'enrichir son streetpunk d'influences multiples: grunge ("Ad Vitam Aeternam" - 2002), noise ("Perspective Forcée" - 2004), garage ("Effort Discographique 1" - 2008). "Faux Mouvement" ne fait pas exception à la règle puisque, si nous retrouvons ici toutes ces sonorités, on entend également sur ce quatrième album  des messins des influences post-punk, dub, pop et disco. Si le groupe explose le simple carcan du punk, il brise également ici toute la syntaxe du genre puisque ce disque se compose d'une seule et unique pièce de 41 minutes. Ainsi, ce disque à la pochette pouvant évoquée le "Psychose" de Hitchcock, au titre ayant des consonances Cronenbergiennes et dont les paroles semblent raconter une seule et même histoire, devient un véritable film intérieur à partir duquel l'auditeur peut se créer des images mentales. 
Fort de ses nouvelles influences sonores et à travers un mixage qui les met parfaitement en valeur, confié à Jean Pascal Boffo qui à notamment travaillé avec Ange, Néophyte est parvenu à faire évoluer son son et a trouvé un écrin parfait pour sa musique. Jamais le son du groupe n'a semblé si fluide et puissant, tout en étant équilibré et nuancé. Ici, les transitions entre les différentes parties du morceau sont parfaitement maîtrisées (ce qui était loin d'être aisé), la basse est énorme et supplante même parfois la guitare (écoutez la quatrième partie), le jeu de batterie de Ludo est reconnaissable entre milles et donne lieu à quelques belles trouvailles, notamment les passages dub entre les deux premières parties ou encore le petit passage disco sur quelques mesures pendant la transition avant la troisième section. Enfin, bien que certaines mélodies soient plus simples et directes qu'à l'accoutumé, Romain n'a jamais fait passé autant d'émotion à travers sa voix et ses mots. Cet album est donc dans l'univers de Néophyte et dans le petit monde du punk, une petite révolution qui malheureusement passera presque inaperçue...   

Tracklist:

Faux Mouvement


samedi 1 décembre 2012

Ange - Escale à Ch'tiland (2012)


La tournée qui servit de support à l'album "Le Bois Travaille Même Le Dimanche" (2010) était également pour Ange l'occasion  de célébrer ses quarante ans d'existence et ma première rencontre avec cette créature ailée eu lieu au détour d'un concert donné l'année dernière par une froide nuit d'octobre. Tandis que seule la curiosité m'avait amenée en ces lieux, je fus rapidement happé par l'univers sonore et visuel d'un Ange touché par la grâce, chaque titre me faisant progressivement glissé dans un monde riche, unique et magique. Au vu de la claque aussi inattendue que monumentale que fut ce concert, c'est tout naturellement que je me suis jeté sur ce disque dès sa sortie.
"Escale à Ch'tiland" nous montre un Ange impérial, qui a su moderniser sa musique, aussi bien dans la prise de son - écoutez moi cette incroyable gestion de la dynamique (notamment sur "Le Cimetière  Des Arlequins") et cet énorme son de batterie, tout en évitant soigneusement de tombé dans le piège de la "Loudness War"* - qu'au niveau de ses arrangements. En effet, au fur et à mesure des années, Ange a ajouté à son rock progressif des sonorités électro ("Les Collines Roses"), orientales ("Le Marchand De Planètes"), jazzistiques ("Les Eaux Du Gange") ou bien folk ("Hors-La Loi"), tout en débarrassant leurs titres des 80's ("Les Yeux d'Un Fou", "Shéhérazade") de leurs oripeaux new-wave qui ont très mal vieillis.  
Le groupe est ici en osmose totale et transcende chacun de ses morceaux, portés par la voix profonde du patriarche Christian Décamps qui maintient le navire Ange à flot depuis toutes ces années et qui, tout comme le bon vin, se bonifie avec le temps ("Capitaine Coeur De Miel"). Avec sa voix de titi parisien, Caroline apporte une touche de théâtralité supplémentaire, tandis que le jeu de guitare de Hassan Hajdi, très fluide et aux sonorités très prog enlumine chaque composition, la section rythmique emporte tout sur son passage ("Le Cimetière Des Arlequins"). Enfin derrière ses claviers Tristan Décamps arrive à renouer avec les teintes du Ange des 70's ("Sur La Trace Des Fées") et à voir les versions monumentales des titres qu'il s'approprie (le très intimiste et dépouillé "Neuf Heures", l'énergique et modernisé "Les Yeux d'Un Fou" ou l'énormissime   "Les Collines Roses"), on se dit qu'il serait bien la personne appropriée pour donner vie à une nouvelle incarnation de cet Ange. Par sa discrétion le public confère à cet événement une atmosphère presque religieuse qui convient parfaitement à cet instant suspendu dans le temps.  
Alors bien sûr certaines pièces maîtresses du répertoire angélique manquent à l'appel (aucuns extraits d'"Au-Delà Du Délire" ni de "Caricatures"), car il est difficile de résumer quarante ans d'histoire en deux heures de concert, mais cette superbe setlist nous offre néanmoins de très belles versions des "Eaux Du Gange" et de " L'Oeil Et l'Ouïe", deux titres dont je ne porte pas franchement les versions originales en haute estime.  
Ce double CD est également accompagné du DVD de cette performance, filmé très sobrement, avec toutefois quelques changements dans le choix des morceaux puisque "Les Collines Roses" sont remplacées par "Fou!" et un medley entre le "Ballon De Billy" et "Ode à Emile" est également joué en fin de concert.
Enfin, ce bel objet est illustré par une magnifique pochette du fidèle Phil Unbdenstock.

*Loudness war (Guerre des niveaux): Principe de production qui consiste à donner à un disque le plus gros son possible, sous prétexte qu'un disque qui sonnerais plus fort qu'un autre aurait bénéficié d'un meilleur mixage, ce qui est est faux et qui se fait pourtant au détriment de la musique (perte de dynamique, saturation non naturelle du son....). Le  dernier album de Placebo "Battle For The Sun" est un très bon exemple des méfaits de la guerre des niveaux.  

Tracklist:

CD 1:

01-Ces Gens-Là
02-Le Cimetière Des Arlequins
03-Les Yeux d'Un Fou
04- Le Rêve Est A Rêver
05-Le Marchand De Planètes
06-Sur La Trace Des Fées
07-Les Eaux Du Gange
08-Neuf Heures
09-Les Collines Roses
10-Le Vieux De La Montagne
11-Couleurs En Colère

CD 2:

01-Les Enfants Du Hasard 
02-Capitaine Coeur De Miel
03-Hors-La-Loi
04-L'Oeil Et l'Ouïe
05-Hymne A La Vie
06-Shéhérazade 

DOWNLOAD (mdp: templier44 - Merci à lui pour l'upload)



jeudi 1 novembre 2012

Heyoka - Piqûres De Rappel (1991 - 1997) (2009)


Formé en 1991 à Dijon, Heyoka est un groupe d'anarcho-punk qui durant sa courte existence à publié une démo ("Vu A La Télé" en 1991), un 45 tours ("El Pueblo" en 1994) et un album ("Demain Sera...." sorti en 1996). Pour célébrer dignement son retour sur le devant de la scène, mais également pour rendre à nouveau disponible des enregistrements difficilement trouvables et qui s'arrachaient à prix d'or, le groupe publie en 2009 "Piqûres De Rappel (1991 - 1997)", une anthologie regroupant l'ensemble de ses méfaits, ainsi qu'une poignée de titres live et sa toute première démo, alors totalement inédite, enregistrée avec une boîte à rythme et intitulée "Enregistrements Chez Mémé".  
Si l'anrcho-punk est plus un way of thinking qu'un genre musical précis, Heyoka se démarquait par un chant féminin, parfois secondé par une voix masculine, des guitares aux mélodies percutantes et entêtantes et une basse très présente, souligné par des choeurs mélodiques et efficaces pouvant rappeler ceux que l'on trouve dans la Oi!, le tout portant des textes intelligents écrient en Français, Allemand et Espagnol, et ne sombrant jamais dans la critique facile. 
Le son de cette réédition n'a pas été modifié par rapport à celui des enregistrements originaux, ce qui permet d'apprécier l'évolution sonore de la formation, de ses premiers pas ("Enregistrements Chez Mémé"), à son album au son énorme et à la production très anglo-saxonne, avec une section rythmique percutante qui emporte tout sur son passage, des guitares bien présentes et un placement de la voix qui, loin des productions "à la française", ne surplombe pas le mix mais au contraire se font dans l'ensemble. Peut-être même un peu trop puisqu'on a parfois du mal à entendre distinctement les paroles... Mais ce type de mixage contribue grandement à l'identité sonore unique de Heyoka... Cette réédition est également accompagnée d'un livret contenant la majeure partie des textes, ceux qui n'y figurent pas sont consultables sur le site du groupe, ainsi que d'un "manifeste" expliquant la situation actuelle et appelant à l'action. Enfin, fidèle à l'éthique forgée par Crass, le groupe a fait figurer au dos du digipack la mention "Ne pas payer plus de 10 Euros".
Pour finir sachez qu'il y a quelques mois, Heyoka a sorti son nouvel album "Etat Des Lieux", dont nous causerons peut-être un de ces quatre...      

Tracklist:

CD 1:

ALBUM:

01-Intro / Déviance
02-La Bourse Ou La Vie
03-Contingent Déserteur
04-Amnésie
05-Le Bel Espoir
06-Un Heil
07-La Mort A Deux
08-Tierra Y Libertad
09-Ecran Noir / Entre Nous
10-Quartier Sauvage
11-Couvre Feu
12-Portninwack
13-Cris De Colère
14-Pueblo's United

DEMO:

15-Peine Perdue
16-Commune 91
17-Tzigane
18-La Patrouille Des Rongeurs

CONCERTS:

19-Les Enfants De La Revanche
20-Black Hole

CD 2:

CONCERTS:

01-Intro / Déviance
02-La Mort A Deux
03-Ecran Noir / Entre Nous
04-Solidarité
05-Portninwack
06-La Bourse Ou La Vie
07-Couvre Feu
08-Hommage A Joe
09-Un Heil
10-Ne Donnez Pas...

45 TOURS:

11-Quartier Sauvage
12-Le Bel Espoir
13-Les Enfants De La Revanche
14-Pueblo's United

DEMO:

15-Cris De Colère
16-Contingent Déserteur

ENREGISTREMENTS CHEZ MEME:

17-Affaire d'Etat
18-Petit Homme Petit Soldat
19-Le Virage
20-Gaïa
21-La Bande Des Bargeots
22-Hommes & Femmes Du Kurdistan
23-La Rue Meurt
24-Anesthésie
25-Intro



lundi 1 octobre 2012

Placebo - Without You I'm Nothing (1998)







En 1996, Placebo avait déjà marqué le petit monde du rock avec son premier album éponyme. C'est deux ans plus tard et aidé d'un nouveau batteur en la personne de Steve Hewitt, que le trio enfonce le clou avec un album aux sombres mélodies et aux guitares abrasives. Enregistré aux Real World Studios de Peter Gabriel, "Without You I'm Nothing", creuse le même sillage stylistique que leur premier album mais, tout est ici plus rageur ("Brick Shithouse", "Scared Of Girls", "Every You Every Me") et ou plus sombre que précédemment ("Without You I'm Nothing", "The Crawl", "My Sweet Prince"). On retrouve effectivement encore ici le Placebo des débuts, emplie d'une énergie toute punk ("Allergic", "Brick Shithouse", "Scared Of Girls") combinée à une sensibilité gothique ("Without You I'm Nothing", "My Sweet Prince" ou encore "You Don't Care About Us"). Car c'est bien cet équilibre parfait entre agressivité et mélancolie, porté par la voix unique de Brian Molko, qui trouve, sur ce disque, celle qu'on lui connaît aujourd'hui, qui faisait et fait toujours, mais dans une moindre mesure, l'originalité de Placebo.
Cependant, ce deuxième opus n'est pas uniquement une version plus aboutit de son prédécesseur puisque, tandis que les textes traitaient précédemment de la construction de soi et de la recherche de son identité, ils abordent maintenant notre rapport à autrui à travers l'amour, la haine, l'amitié et la solitude et  les sonorités électro qui seront développées sur les albums ultérieurs font déjà leur apparition ("Pure Morning"). Les trois musiciens tentent également des choses plus expérimentales avec le titre "Evil Dildo", morceau caché à la fin de la douzième piste, et construit à partir d'un message laissé par un inconnu sur le répondeur téléphonique du chanteur. Enfin, pour remercier son public français, Placebo publie, quelques temps après la sortie du disque, une version française de "Burger Queen".
Mais ne vous y trompez pas, si au premier abord la musique de Placebo peut sembler n'être qu'un exutoire, elle vous collera également parfaitement au corps les jours de déprime et c'est à mon avis le seul groupe dont la musique et les chansons possèdent cette ambivalence si étrange. Près de quinze ans après sa sortie ce disque au son intemporel, produit par Steve Osborne n'a rien perdu de sa spontanéité et respire toujours l'urgence à plein poumons. 

Tracklist:

01-Pure Morning
02-Brick Shithouse
03-You Don't Care About Us
04-Ask For Answers
05-Without You I'm Nothing
06-Allergic (To Thoughts Of Mother Earth)
07-The Crawl
08-Every You Every Me
09-My Sweat Prince
10-Summer's Gone
11-Scared Of Girls
12-Burger Queen


samedi 1 septembre 2012

HardxTimes - Life Is A Battlefield (2010)



Pour poursuivre sur la thématique du mois dernier, voici maintenant un disque de Oi!, autre musique des skinheads apparue à la fin des années 70 / début des années 80, avec "Life Is A Battlefield" second disque du groupe français HardxTimes. Outre le fait de chanter dans sa langue natale, HardxTimes se démarquait des autres groupes du genre, par des guitares très mélodiques  et plutôt rapides, finalement plus proche du punk-rock que de la Oi! et qui se complètent merveilleusement bien, l'une étant plutôt rythmique avec un jeu en accords, tandis que l'autre, si elle double souvent la première, ajoute aussi quelques lignes mélodiques très efficaces ("Paris", "SPE", "Toujours Là", "Réaliste"), une basse qui sort parfois de son rôle purement rythmique pour créer de très belles mélodies ("Fuite En Avant", "Egoïste"), une voix éloignée des poncifs du genre, mais surtout par des textes très personnels souvent teintés d'une douce mélancolie et abordants des sujets inhabituels dans la scène Oi!  ("Egoïste", "Fuite En Avant", "La Vérité"), ou bien avec un point de vue particulier ("Temps De Sang", "Réaliste", "Nos Règles").
Sur ce second long jeu le groupe s'aventure également sur le terrain du spoken-word avec "Hommage" ou interviennent un saxo et un piano, et sur celui de la folk avec le magnifique "Pour Nous", uniquement disponible sur la version CD de l'album.
Cette version CD est également agrémentée de l'intégralité du EP "Demain Nous Appartient" (contenant les titres "Paris", "SPE" et "Ces Années Là") et du morceau "Vengeance", qui renoue un peu avec les influences hardcore du premier album, et qui est  extrait de la compilation "Oi! l'album".
Peu de temps après la sortie de ce disque le groupe s'arrêta, officiellement suite au décès de l'ancienne bassiste de la formation, mais il faut également dire que l'un des musiciens a commencer à défendre des positions politiques proches de celles d'extrême droite, ce qui a probablement contribué à hâter la fin de ce groupe, qui faisait originellement parti de la mouvance SHARP (SkinHead Against Racial Prejudice, qui signifie Skinhead contre les préjugés raciaux)... 

Tracklist:

01-Toujours Là
02-Réaliste
03-Douce Nuit
04-Fuite En Avant
05-La Vérité
06-Nos Règles
07-Indomptés
08- On est Al
09-Temps De Sang
10-Egoïste
11-Hommage 
12-Paris
13-SPE
14-Ces Années Là
15-Vengeance
16-Pour Nous



mercredi 1 août 2012

V/A - Trojan Skinhead Reggae Box Set (2002)


A l'évocation du mot "skinheads" certains associeront plus facilement les idées de profanations de tombes, crimes racistes et de ratonnade, plutôt que celle du reggae, et pourtant... Petit flashback...   
Emergeant à la fin des années 50 et connaissant son âge d'or vers 64-65, le mouvement mod prend naissance au sein d'une partie de la jeunesse ouvrière Anglaise passionnée de scooter et de musique Jazz. Progressivement, les immigrés Jamaïcains, venus reconstruire le pays  fréquentant les même clubs vont leur faire découvrir leur musique: le ska, et quelques années plus tard, le rocksteady. Se perdant petit à petit dans les pilules et dans les idées des hippies, le mouvement mod déclina. C'est alors que certains d'entre-eux, refusant cette destiné, se rapprochèrent des rudes boys Jamaïcains jusqu'à adopter leur musique tout en affirmant d'avantage leur appartenance de classe. En 1969, cette rencontre allait donner naissance aux premiers skinheads.  
Ainsi, les premiers pas du mouvement skinhead vont accompagnés le nouveau développement de la musique jamaïcaine qui sera baptisée Early reggae en Jamaïque et skinhead reggae en Angleterre. Petit à petit, les inflexions soul du rocksteady, qui étaient dues à la présence de sections de cuivres et de trios vocaux de toute beauté, vont s'estomper au profit d'une présence plus marquée de l'orgue, qui contribuera à appuyer le contre temps des guitares, et de groupes ou d'artistes solistes. Tandis que le rocksteady se voulait lent et langoureux, terrain parfait pour conter des histoires d'amour, le skinhead reggae sera plus brut et abordera souvent des thèmes plus sociaux. Constatant également l'évolution de leur public, de nombreux groupes et artistes consacreront une ou plusieurs chansons aux skinheads tels Symarip, The Charmers, The Hot Rod All Stars ou encore The Pioneers, pour les quelques uns présents ici et on comprend alors qu'un skinhead ne peut être raciste.
Cette compilation où presque rien n'est à jeter a le mérite de montrer, à travers une sélection de titres datants de 1968 à 1972, les principales variations que l'on peut trouver dans le genre: instrumentale ("A Taste Of Killing" des Upsetters), avec des paroles parlées plutôt que chantées ("Skinhead Train" des Charmers), ou parfois très proche du rocksteady (tel le "What Am I To Do" de Tony Scott ou l'instrumental "Soul Call" des Soul Rhythms et sa section de cuivres implacables). L'autre atout de cette compil', c'est que, derrière le transfert souvent impeccable des 45 tours sur CD, on sent toujours le crépitement du vinyle et ce, pour mon plus grand plaisir.   
Skinheads, remember your black roots!

Tracklist:

CD 1:

01-The Charmers: Skinhead Train
02-The Creations: Mix Up Girl
03-Sir Harry: Hee Cup
04-King Cannon (Karl Bryan): Overproof (aka Little Darlin')
05-Derrick Morgan: Copy Cat
06-Andy Capp: The Law
07-The Soul Rhythms: Soul Call
08-The Harmonians: Music Street
09-The Fabion: V Rocket
10-Tony Scott: What Am I To Do
11-The Versatiles: Spread Your Bed  
12-The Dynamites: John Public (Tom Hark)
13-Cool Sticky: Casa Boo Boo
14-The Tennors: Smile (My Baby)
15-Roland Alphonso: Zapatoo The Tiger
16-The Viceroys: Work It
17-The Wanderers: Wiggle Waggle

CD 2:

01-The Creations: Qua Kue Shut
02-Vincent Foster: Shine Eye Girl
03-Harry & Radcliffe: History
04-Sir Lord Comic: Wha'pen
05-Tommy McCook & Stranger Cole: Last Flight To Reggae City
06-Vincent Gordon &The Dynamics: The Burner
07-The Dynamites: Tribute To Drumbago (aka Last Call)
08-Ansel Collins: Bigger Boss
09-Theo Beckford's Group: The Horse
10-The Upsetters: A Taste Of Killing
11-Boris Gardner & The Love People: Don Juan
12-Lloyd Charmers: Dollars And Bonds
13-The G.G All Stars: 2000 Tons Of T.N.T
14-Rupie Martin's All Stars: Death In The Arena
15-Willie Francis: Motherless Children
16-Sweet Confusion: Elizabethan Serenade
17-The Royals: Pick Out My Eye

CD 3:

01-Claudette & The Corporation: Skinheads A Bash Them
02-Dandy: Trouble In The Town
03-Desmond Riley: Skinhead A Message To You
04-The Pioneers: Reggae Fever
05-Des All Stars (aka The Rudies): Night Food Reggae
06-Rico & The Rudies: Brixton Cat
07-The Hot Rod All Stars: Skinhead Speaks His Mind
08-Tony Tribe: Red Red Wine
09-King Horror: Loch Ness Monster
10-The Hot Rod All Stars: Skinheads Don't Fear 
11-The Prophets: Concord
12-Winston Groovy: Funky Chicken
13-Symarip: Skinhead Moonstomp
14-Dice The Boss: Funky Duck
15-Joe The Boss: Skinhead Revolt
16-Claudette: Queen Of The World